Un millier de milliards… mais combien d’idées ?

La Skytower, siège de la BCE, à Francfort, en 2013 (source : Epizentrum/Wikipédia)
La Skytower, siège de la BCE, à Francfort, en 2013 (source : Epizentrum/Wikipédia)

Au cours d’une conférence de presse, Mario Draghi, président de la Banque Centrale Européenne, a annoncé le lancement d’un programme d’« assouplissement quantitatif » (ou QE, Quantitative Easing) par son institution. Un programme qui devrait débuter en mars et impliquer le rachat de 60 milliards d’euros d’obligations combinées par mois, jusqu’en septembre 2016. Avec comme objectif : relancer la croissance.

Les spécialistes avaient vu gros… mais pas assez. Alors qu’il se disait que le QE envisagé porterait sur 50 milliards d’achats d’actifs par mois durant un an, soit 600 milliards d’euros au total, Mario Draghi a dévoilé un plan encore plus ambitieux : la Banque Centrale Européenne rachètera pour 60 milliards par mois, de mars 2015 à fin septembre 2016. Pour une enveloppe de 1140 milliards d’euros. Une enveloppe dont les attributions s’appuieront sur la répartition des banques centrales nationales au capital de la BCE, avec certaines limites : pas plus de 25% du montant de chaque émission obligataire ; pas plus de 33% de la dette des émetteurs. Enfin, sur l’épineuse question du risque, la BCE a préféré calmer la grogne de l’Allemagne, puisque seuls 20% des titres achetés seront soumis à un partage des risques entre les États membres. Et que la Grèce, par exemple, devra évidemment remplir des conditions précises pour bénéficier de ce traitement.

Mario Draghi en 2011 (source : Flickr/Wikipédia)
Mario Draghi en 2011 (source : Flickr/Wikipédia)

L’objectif avoué de ces informations complexes : il s’agit, par l’achat de ces obligations, d’injecter des liquidités dans les marchés, de façon à faire baisser le cours de la devise, ce qui doit permettre de relancer les exportations et d’augmenter la compétitivité européenne. Par ailleurs, en achetant en grande partie de la dette souveraine, la BCE renvoie les investisseurs vers des actifs financiers plus rémunérateurs, actions ou obligations d’entreprise. Mais, évidemment, l’efficacité de cet assouplissement quantitatif dépend de l’environnement dans lequel il est mis en place. Encore faut-il que les États jouent le jeu en maîtrisant leurs dépenses publiques et en épousant le mouvement par des réformes structurelles.

L’illustration de la division

Ce que révèle l’annonce de ce programme, c’est d’abord la division de l’Europe et l’échec du consensus. En effet, l’Allemagne, qui s’opposait à ce projet, estimant qu’il soutient avant tout les mauvais élèves de la zone euro, a obtenu gain de cause en partie, les risques étant partagés de façon très limitées. Comme le confiait Michel Santi, ancien trader, aux Echos, avant que ce plan ne soit dévoilé : « Quelle que soit la décision du jour, son impact aurait été nettement plus optimal si l’Union était vraiment intégrée. En creux, ceci signifie aussi que cette intégration européenne aurait nécessité des QE bien moins massifs, voire pas de QE du tout, car la solidarité entre pays – et donc les transferts automatiques – aurait précisément fait office de stimulus pour les pays en difficulté. »

En bref, une décision avant tout politique, voire politicienne, qui aura peut-être un impact, mais qui ne relancera pas subitement l’économie européenne. Faut-il s’en étonner et avoir confiance en Mario Draghi, ex-vice-président Europe de Goldman Sachs, pour faire évoluer les choses en profondeur ?

Cet article a été écrit par R. Le Grognard.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s