Crimes et châtiments dans la bande de Gaza

Ambulance détruite, le 6 août 2014 dans la bande de Gaza (Creative Commons)
Ambulance détruite, le 6 août 2014 dans la bande de Gaza (Creative Commons)

Des crimes de guerre auraient été commis durant l’opération Bordure Protectrice, menée par Israël dans la bande de Gaza, en juillet et août 2014. C’est le verdict rendu par la commission chargée d’enquêter sur le sujet par le Conseil des droits de l’homme, dont le rapport a été publié le 22 juin. Les mis en cause : l’armée israélienne et le Hamas.

« La commission a pu rassembler des informations révélant de sérieuses violations des lois humanitaires internationales et des droits de l’homme par Israël et des groupes armés palestiniens. Dans certains cas, ces violations peuvent être assimilées à des crimes de guerre. »

Les conclusions du Conseil des droits de l’homme sont accablantes : l’opération « Bordure protectrice », lancée par Israël le 8 juillet 2014, a été un désastre sur le plan humain.

2251 Palestiniens tués, dont 551 enfants

Initiée par l’armée israélienne en réaction à des tirs de roquettes provenant de la bande de Gaza et visant plusieurs grandes villes, l’opération s’est d’abord appuyée sur des raids aériens, avec plus de 6000 bombardements, avant la mise en place d’offensives terrestres. Ces dernières avaient pour objectif de détruire des tunnels reliant Gaza à Israël et utilisés par les groupes armés palestiniens, dont le Hamas.

Quelle méthodologie ?
La commission d’enquête du Conseil
des droits de l’homme n’a pas été
autorisée à se rendre sur place,
Israël ayant refusé de coopérer et
l’Egypte n’ayant pas accepté l’accès
à la bande de Gaza. Elle a néanmoins
recueilli 280 témoignages par Skype
et téléphone et 500 dépositions écri-
tes, ainsi que des rapports médicaux,
des analyses balistiques et de
nombreux documents complémentaires.

Dès le 23 juillet 2014, le Conseil des droits de l’homme avait décidé de créer une commission d’enquête. Celle-ci a rendu son verdict dans un rapport qui sera étudié le 29 juin 2015 à l’ONU.

2251 Palestiniens tués, dont 1462 civils et 551 enfants. 11 231 blessés, dont 7000 femmes et enfants, 18 000 maisons entièrement ou partiellement détruites ; sans compter les dommages collatéraux, avec 500 000 personnes déplacées par le conflit et, encore aujourd’hui, 39% de la population palestinienne qui vit sous le seuil de pauvreté… « A Gaza, le niveau de dévastation a été sans précédent », relate le rapport, qui met en avant l’absence de distinction répétée entre cibles civiles et militaires lors des frappes israéliennes. « Dans certaines circonstances, [ces attaques indiscriminées] peuvent être assimilées à des attaques directes contre des civils, donc à des crimes de guerre. »

6000 bombardements provenant d’Israël, 5000 roquettes de Gaza…

Un missile israélien intercepte une roquette du Hamas.

Sans oublier, côté israélien, de graves traumatismes chez les enfants et les familles proches de la bande de Gaza, exposés à des tirs de roquettes quotidiens de la part du Hamas et de groupes islamiques palestiniens – près de 5000, au total -, en direction d’habitations civiles. Des roquettes qui ont majoritairement été interceptées par les missiles israéliens du programme de défense Dôme de Fer. Néanmoins, selon les autorités israéliennes, « 20 000 enfants auraient quitté les communautés du sud du pays pour se réfugier dans le nord ». Pis… « une fois que vous vous êtes habitué aux roquettes, vous découvrez que vous devez avoir peur que des gens sortent de terre (par les tunnels) et vous agressent », relate un témoin israélien auditionné par la commission. « C’est insensé. » En effet, 14 de ces tunnels d’attaque auraient été découverts.

« Nous ne sommes pas là pour rendre un verdict de culpabilité », a déclaré Mary McGowan, responsable de l’enquête, lors d’une conférence de presse, lundi, à Genève. Pourtant, l’armée israélienne et le Hamas semblent clairement visés. Et le mot est lâché : « crimes de guerre ».

Israël rejette le rapport

Benjamin Netanyahu en 2012, lors d'une visite aux Etats-Unis (source : Département d'Etat américain)
Benjamin Netanyahu en 2012, lors d’une visite aux Etats-Unis (source : Département d’Etat américain)

Une accusation que réfute l’état israélien. « Israël n’a pas commis de crimes de guerre. Israël s’est défendu contre des organisations terroristes qui appellent à sa destruction et qui, elles, ont commis nombre de crimes de guerre », a réagi Benjamin Netanyahu, Premier ministre, à une réunion de son parti, ce lundi. « Nous continuerons à agir avec force et détermination contre tous ceux qui essaient de nous faire du mal et nous le ferons en accord avec les lois internationales. »

Le porte-parole du Département de la défense américain, John Kirby, va dans le même sens : « Nous contestons le fondement même sur lequel ce rapport a été rédigé. […] Nous rejetons le fondement en vertu duquel cette commission particulière d’enquête a été établie en raison de sa partialité très nette contre Israël. »

Des cibles sans objectifs militaires

En attendant, la commission s’est plus précisément penchée sur certains raids israéliens, avec les conclusions suivantes : « Beaucoup des incidents ont eu lieu en soirée ou à l’aube, lorsque les familles se réunissent pour les repas du ramadan, ou la nuit, lorsque les gens dorment. » Et pointant, pour plusieurs d’entre eux, l’absence manifeste d’objectifs militaires. En somme, « il existe de fortes indications que ces attaques ont pu être disproportionnées et qu’elles relèvent donc de crimes de guerre ».

A l’époque, après le bombardement d’une école de Gaza gérée par l’ONU, Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations Unies, était monté au créneau. « Cette folie doit cesser. […] C’est un scandale du point de vue moral et un acte criminel. »

Les principales victimes de ces violations présumées du droit international, selon le rapport ? Les enfants palestiniens et israéliens. Le coordinateur de l’OMS à Gaza, le Dr Dyaa Saymah, l’a confirmé aux enquêteurs : « L’exposition répétée à des expériences traumatisantes peut causer des changements significatifs dans leur personnalité. […] Ces traumatismes subis enfants ont un impact sur la façon dont, adultes, ils percevront leur environnement et la manière dont ils élèveront leurs propres enfants. » Qui, à leur tour, en subiront les conséquences. Peut-être l’un des grands crimes parmi ces crimes de guerre.

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