Kamasi Washington, des gangs d’Inglewood aux dissonances du jazz

Kamasi Washington a sorti The Epic, en mai 2015, un triple album qui place le saxophoniste parmi les grands du jazz.

Kamasi Washington a sorti The Epic, en mai 2015, un triple album qui place le saxophoniste parmi les grands du jazz.

Le saxophoniste américain Kamasi Washington a sorti, en mai, The Epic, un triple album qui en fait l’une des figures marquantes du jazz actuel. Mais Kamasi Washington, du haut de ses 34 ans, c’est avant tout une histoire, presque un roman. Portrait.

« Pour moi, la musique était un bouclier. Je passais des heures avec mon saxophone, je l’emmenais partout avec moi, j’avais l’impression qu’il me protégeait de la violence. » Lire la suite

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Devos : « Le rire n’est jamais imbécile »

Raymond Devos, dans son sketch "J'ai des doutes" (source : capture d'écran France 3)
Raymond Devos, dans son sketch « J’ai des doutes » (source : capture d’écran France 3)

En novembre 1984, Raymond Devos accorde un long entretien à la journaliste Kathia David, pour l’émission Star sans stress. Un peu comme Jacques Brel, dans cette interview, proposée précédémment, Devos, alors âgé de 62 ans, se livre sur son métier, sa perception des gens, du monde en général. S’il ne navigue jamais très loin du rire, jusque dans les questions les plus sérieuses, il cherche toujours le mot juste, la précision « cette représentation d’une pensée, c’est-à-dire d’un mouvement intelligent »* qu’est le langage. Avant d’en revenir, systématiquement, aux zygomatiques.

De l’artiste : « C’est une espèce d’appel, c’est une image fulgurante »

« Je crois que c’est ça qui dénote l’artiste : c’est qu’il a des intuitions. Et ça ne s’explique pas. Ce n’est pas encore l’eurêka d’Archimède, mais c’est déjà sur le chemin. C’est une espèce d’appel, c’est une image fulgurante, comme ça, qui vous est donnée. Lire la suite

Brel : « Le talent, c’est avoir l’envie… Le reste, c’est de la sueur »

Jacques Brel en 1971 (source : Wikipédia/Creative Commons)
Jacques Brel en 1971 (source : Wikipédia/Creative Commons)

En 1971, Jacques Brel donne une interview dans le bar d’un ami, à Knokke, station balnéaire réputée de la Flandre-Occidentale. Le Belge y confie sans vernis ses réflexions sur l’homme et la vie, l’amour et son rapport aux femmes, si particulier et discutable. Il révèle, en somme, les fondations de sa démarche esthétique. Un véritable document que voici dépoussiéré.

De l’art : « L’art, je ne sais pas ce que c’est »
« On raconte ce que l’on rate, on raconte ce qu’on n’arrive pas à faire. C’est un phénomène de compensation. Et j’ai voulu réussir ce phénomène de compensation. Et j’ai dû travailler beaucoup pour cela, bien évidemment. Car je suis convaincu d’une chose : le talent, cela n’existe pas. Le talent, c’est avoir l’envie de faire quelque chose. Je prétends qu’un homme qui, tout à coup, rêve de manger un homard, a le talent de manger ce homard dans l’instant, de le savourer convenablement. Avoir envie de réaliser un rêve, c’est le talent. Et tout le reste, c’est de la sueur. C’est de la transpiration, c’est de la discipline. Je suis sûr de cela. L’art, moi, je ne sais pas ce que c’est. Les artistes, je ne connais pas. Je crois qu’il y a des gens qui travaillent à quelque chose et qui travaillent avec une grande énergie. L’accident de la nature, je n’y crois pas. Pratiquement pas. » Lire la suite

Le 16 décembre 1893, la naissance d’une rock-star entre deux fauteuils du Carnegie Hall

La partition originale de la symphonie du Nouveau Monde, d'Antonin Dvorak (1893)
La partition originale de la symphonie du Nouveau Monde, d’Antonin Dvorak (1893)

Le 16 décembre 1893, la symphonie dite « Du Nouveau Monde » est créée à New-York, au Carnegie Hall. Un immense succès pour Antonin Dvorak, son compositeur. Récit d’une folle soirée.

« La symphonie du Nouveau Monde tourne à un catalogue de petites mélodies, où l’on distingue plus ou moins un écho des « negros spirituals » et des chansons de cow-boys… Dans le dernier mouvement, quand Dvorak veut forcer la voix, ses trompettes et ses timbales deviennent assez vulgaires, alternant avec une sentimentalité qui se relâche. Cette symphonie est bien le type des œuvres qui donnent aux auditeurs d’une demi-culture la sensation de s’élever à la « grande musique » ; d’où, son succès universel. »
(Une Histoire de la musique, Lucien Rebatet, 1969)

Ces quelques lignes impitoyables, dont Lucien Rebatet, écrivain et critique musical, gifle Dvorak et son œuvre la plus connue, révèlent : 1/ la relation particulière qu’a longtemps entretenue la France avec le compositeur tchèque ; 2/ les penchants systématiques du drapeau bleu-blanc-rouge à l’anticonformisme.

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